samedi 10 novembre 2012

Je ne vois pas comment on ....

Novembre 2012 - Rapport Jospin sur la moralisation de la vie publique.

Lionel Jospin propose, parait-il, propose la suppression du cumul des mandats. Les critiques des cumulards ne manquent pas. Parmi eux, celles de Jean-Michel Baylet, le sympathique Sénateur et président du conseil général du Tarn-et-Garonne, président de la communauté de communes, etc. Jean-Michel Baylet (interrogé sur RTL le 9/11/2012) ne voit pas comment un Député ou un Sénateur de la République Française pourrait faire correctement son travail sans une quelconque forme ancrage local. Il ne voit pas comment ! Il n'est malheureusement pas le seul parmi nos hommes politiques à ne pas voir comment ils pourraient bien faire leur travail législatif sans un mandat local.

Que l'argument est beau ! Jean-Michel Baylet nous révèle en fait son manque de lucidité (il ne voit pas comment...) et les citoyens pourraient se demander s'il est bon de nommer un sénateur qui manque à ce point de lucidité. Son manque de lucidité ne peut pas être un argument valable pour s'opposer à cette mesure. Il pourrait se demander comment cela se passe dans d'autres pays et obtenir ainsi l'éclairage qui lui manque tant....L'appel à l'ignorance n'est pas à l'évidence un argument que l'on puisse agiter pour soutenir ou pour s'opposer à une proposition. Ceux qui prônent l'abandon du cumul des mandats pourraient aussi bien dire qu'ils ne voient pas pourquoi un législateur de la république ne pourrait pas faire correctement son travail législatif sans un mandat local. Quel débat ! « Je ne vois pas comment un député pourrait faire son travail législatif correctement sans un mandat local » contre « Je ne vois pas pourquoi un député ne pourrait pas faire son travail législatif correctement sans un mandat local. »

Il y a probablement d'autres variantes de cet argument trompeur que j'ai appelé l'appel à l'ignorance. Nous ne manquerons pas de les débusquer dans de prochains billets.  

   

dimanche 4 novembre 2012

Parler des derniers couacs ou débattre !


De quoi parle-t-on ces derniers jours ? Des couacs des uns et des commentaires des autres sur les mêmes couacs !

Parle-t-on encore aujourd'hui de politique en France ? On pourrait en douter ! Où sont les débats d'antan ? Où sont les beaux et grands affrontements d'idées entre de grands courants idéologiques qui permettaient aux auditeurs, téléspectateurs ou lecteurs de finalement se forger une opinion ?

Rien de tel aujourd'hui ? Les commentateurs politiques sont plus enclins à nous décrire les dédales du pouvoir, les petits stratagèmes des uns ou des autres pour prendre les rênes d'un parti, les histoires de concubinage des divers personnages qui peuplent le théâtre politique... et je n'évoque pas les commentaires qui commentent les propos des commentateurs... Avez-vous remarqué que le commentaire est maintenant devenu si important, que l'on oublie parfois de rappeler aux auditeurs l'évènement qui a été à l'origine d'un commentaire ?

Cela nous éloigne à l'évidence des débats politiques de qualité. Parler des hommes et des couacs, cela permet de ne pas parler des choses plus importantes. On pourrait même se demander si les couacs, qui ne semblent a priori pas prémédités, ne sont pas en fait des stratagèmes pour éviter des débats qui pourraient être plus saignants ! Voilà que je me mets moi aussi à commenter !

Lorsque l'on s'intéresse plus aux hommes ou aux femmes qui font de la politique qu'à leurs idées, ce sont les idées qui en pâtissent. Ce mal se répand ! Il a été toujours plus facile d'accuser un opposant des pires maux que de débattre avec lui ! Si l'on veut se débarrasser de son chien, ne suffit-il pas de dire qu'il est enragé ? À force d'affubler une personne des pires attributs, ils deviendront un des éléments de sa personne. Un mensonge souvent répété devient une vérité. Dans cette histoire, il me semble que l'arroseur soit à son tour arrosé. Les socialistes ont un temps accusé Nicolas Sarkozy d'être l'ami des riches (et donc d'être injuste envers les autres) et d'être un président bling-bling ! Les membres de l'U.M.P en profitent à leur tour pour faire le procès en incompétence du premier ministre socialiste.


Que les arguments utilisés soient de mauvaise qualité, soit ! Cela passe encore. Mais aujourd'hui, c’est l’absence d'un vrai débat qui est encore le plus préjudiciable à la démocratie. Pauvreté de l’argumentation et absence de débat sont probablement à mettre en relation. En effet peut-on prendre le risque de débattre, c’est-à-dire de s’opposer, si l’on ne dispose pas d’une capacité à argumenter ou à réfuter ?